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Du vélodrome de Cottbus à celui de SQY, le sprint franco-allemand joue collectif

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À quelques jours des Championnats du monde U19 de Zolder, les jeunes sprinteurs français et allemands ont partagé leur préparation au Vélodrome National de Saint-Quentin-en-Yvelines. Un échange organisé avec le soutien de l’Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ), qui avait débuté au printemps par l’accueil de l’équipe de France à Cottbus. Entre entraînement, découverte culturelle et moments de convivialité, les futurs adversaires de Zolder ont appris à mieux se connaître.

Cottbus n’est pas tout à fait un vélodrome comme les autres. Dans cette ville du Brandebourg, le cyclisme sur piste est intimement lié à l’histoire de la Lausitzer Sportschule, l’un des grands établissements allemands de formation des jeunes sportifs. Héritière des anciennes écoles sportives de la RDA, la Sportschule (école de sport) associe depuis des décennies scolarité, internat et pratique du haut niveau. Le site de Cottbus accueille également un centre fédéral de haut niveau pour le cyclisme, faisant de la ville l’un des hauts lieux de la formation des pistards allemands.

Cette intégration n’est pas étrangère à l’organisation du Land de Brandebourg (Le Land est l’une des 16 entités fédérées qui composent l’Allemagne. Le mot signifie « pays » ou « territoire », et chaque Land dispose d’une large autonomie politique et administrative), où l’Éducation et le Sport relèvent d’un même ministère, le Ministerium für Bildung, Jugend und Sport (MBJS).

C’est dans cet environnement que l’Équipe de France U19 de sprint s’est rendue fin avril, pour une semaine d’entraînement à l’invitation de son homologue allemande. Encadrée par Corentin Davy, entraîneur national du sprint relève, la délégation française a ainsi pu découvrir le centre de Cottbus et partager son quotidien avec les jeunes pistards allemands.

Quelques mois plus tard, les rôles se sont inversés. Du 09 au 15 août, c’est l’équipe allemande qui a pris ses quartiers au Vélodrome National de Saint-Quentin-en-Yvelines, sous la conduite de Maximilian Levy, figure majeure du sprint allemand et désormais entraîneur de la sélection. « Max », lui-même né à Berlin-Est en 1987, connait le vélodrome de SQY, pour y avoir disputé les championnats du monde en 2015, puis à nouveau en 2022, mais en tant qu’entraîneur. Louant la qualité de l’infrastructure et de la piste, il confie d’ailleurs plaisamment qu’à Cottbus, le vélodrome « smells like GDR  » (« sent l’Allemagne de l’Est ») : chacun sa madeleine de Proust !

Deux équipes, une même préparation

Pour les deux délégations, l’objectif premier reste sportif. À SQY, les jeunes Français et leurs camarades Allemands ont partagé chaque jour des séances de musculation et de travail sur piste. L’occasion de confronter les méthodes, d’observer les habitudes de l’autre et, surtout, de multiplier les occasions de rouler ensemble.

Car si les deux nations se connaissent bien sur la scène de la compétition, la proximité quotidienne ouvre à une autre forme d’apprentissage. Une façon de découvrir les qualités de ses futurs adversaires, mais aussi, seraient-elles subtiles, quelques variantes en matière d’entrainement ?

La dimension sportive n’a toutefois jamais pris le pas sur celle de l’échange. Les deux équipes ont partagé des moments de récupération en balnéothérapie, des repas communs et un barbecue organisé mercredi. Autant d’occasions de prolonger les discussions en dehors de la piste, dans une ambiance volontairement détendue. Et en dépit d’une « barrière de la langue » que les Français ont souvent du mal à enjamber, mais dont s’est joué Matyas Malina qui, en français dans le texte, a déclaré adorer « les escargots, la baguette, les croissants« . Côté tricolore, c’est à partir de l’anglais de Matéo Mahaut combiné et du talent de boute-en-train de Nahel Belhadj, que la réplique s’est articulée.

Découvrir l’autre, aussi en dehors du vélo

C’est l’une des particularités de cet échange soutenu par l’OFAJ. Créé en 1963 dans le prolongement du traité de l’Élysée, l’Office franco-allemand pour la Jeunesse a pour mission de rapprocher les jeunes des deux pays, de renforcer leur compréhension mutuelle et de faire évoluer les représentations du pays voisin. Les rencontres sportives constituent depuis longtemps l’un des supports privilégiés de cette coopération.

Le programme imaginé à SQY ne s’est donc pas limité au vélodrome. Les jeunes Français et Allemands ont enfourché leurs vélos de route pour une balade à travers le parc et les jardins de Versailles, avant de découvrir Paris lors d’une sortie en bateaux-mouches.

Une manière de donner tout son sens au mot « échange » : apprendre à connaître les méthodes de travail de l’autre, mais aussi son environnement, sa culture et son quotidien.

Une championne du monde parmi eux

La délégation allemande comptait une présence particulièrement prestigieuse en la personne d’Emma Hinze.

Avec huit titres de championne du monde, la sprinteuse allemande possède l’un des plus beaux palmarès actuels du cyclisme sur piste. Auprès de son compagnon Maximilian Levy, et des jeunes de la sélection allemande, elle joue un rôle à la fois particulier et précieux : celui d’une athlète expérimentée capable de partager son vécu du très haut niveau avec la nouvelle génération.

Emma Hinze effectue son retour vers la compétition après la naissance de son premier enfant, au début du printemps.

Sa présence auprès des jeunes de la sélection allemande donne ainsi une dimension supplémentaire à ce stage : celle d’une championne qui transmet son expérience tout en reprenant progressivement le chemin de la compétition. Et pour les jeunes Français comme pour leurs homologues allemands, côtoyer au quotidien une athlète de ce calibre reste une expérience singulière.

Amis aujourd’hui, adversaires à Zolder

Enfin, le calendrier donnait à cet échange une saveur particulière.Car dans quelques jours seulement, la parenthèse franco-allemande prendra fin. À Zolder, en Belgique, les deux équipes se retrouveront du côté des Championnats du monde U19, avec cette fois les mêmes objectifs de performance et les mêmes médailles en ligne de mire. Les jeunes Français et Allemands qui ont partagé la piste de Cottbus puis celle de SQY seront alors de nouveau adversaires. Mais ils mettront désormais un visage – et peut-être une anecdote – derrière chaque maillot.

C’est toute la richesse de cet échange : la compétition n’en est pas moins intense et savoureuse lorsque l’on connaît mieux celui qui se trouve dans le couloir voisin. Au contraire. La confrontation sportive gagne en compréhension, en respect et, peut-être, en motivation.

À travers ce projet, la FFC et German Cycling ont ainsi offert à leurs jeunes sprinteurs bien davantage qu’une succession de séances d’entraînement. De Cottbus à Saint-Quentin-en-Yvelines, ils leur ont permis de découvrir une autre école du sprint, de partager leur passion et de tisser des liens qui dépasseront probablement la seule semaine de préparation. Et lorsque les portes du vélodrome de Zolder s’ouvriront, chacun retrouvera son rôle : adversaires sur la piste, mais un peu moins étrangers qu’avant.