Le Trophée de France des Jeunes sur Piste, emblème du projet formateur de l’EC Saint-Étienne Loire.
De l’humanitaire à l’EC Saint-Étienne Loire, il est peu de dire que Philippe Besson est un homme d’engagement. Président du club depuis 2020, il s’inscrit dans l’héritage d’un club historiquement tourné vers la formation, tout en adaptant son modèle aux réalités du cyclisme moderne. À travers son parcours et sa vision, se dessine le portrait d’une structure fidèle à ses valeurs, entre transmission, ambition et esprit collectif.

Originaire de Haute-Savoie, Philippe Besson découvre très tôt le cyclisme, qu’il pratique à très bon niveau. Mais, après son service militaire, son parcours prend la voie de l’humanitaire : engagé auprès de la Croix-Rouge, il se forme au domaine paramédical et se spécialise dans l’appareillage des membres et la réhabilitation des blessés. Au début des années 1980, au Tchad, il participe au développement de nouvelles générations de prothèses adaptées aux réalités africaines, une expérience fondatrice qui le conduit à s’impliquer dans l’aventure de Handicap International.
Au fil de ses missions en Afrique et au Moyen-Orient, il assouvit son goût du sport en fonction des possibilités du lieu. Revenu en France au début des années 1990, il s’installe à Saint-Étienne, où il renoue avec le cyclisme à travers le désir de son fils, et les cyclosportives, prenant part aux premières éditions de la Marmotte. C’est sans arrière-pensée particulière qu’il intègre l’Espoir Cycliste Saint-Étienne Loire, puis (un service en amenant un autre comme il arrive dans la vie associative) son bureau exécutif, jusqu’à en devenir le président en 2020. Petit dormeur peut-être, ou hyperactif, notre homme est aussi l’auteur d’une quinzaine de livres.
Mais, plutôt que se mettre en avant, Philippe Besson commence par rendre hommage aux anciens. La création et les débuts du club doivent beaucoup à homme connu comme le loup blanc, mais sous le surnom de « sorcier du Pilat ». Pierre Rivroy fut d’abord coureur professionnel dans les années 1970. Puis, en 1983, il fut à l’origine de l’équipe professionnelle de Saint-Étienne Pélussin, qui donna une seconde chance à quelques coureurs alors sans contrat, dont un certain Vincent Lavenu, avant de devenir directeur des sports à la mairie de Saint-Étienne, période à laquelle il fut aussi à l’origine du pôle France de Saint-Étienne.
La vocation initiale d’un club dont les fondateurs sont directeurs d’école ou de collège ne saurait être plus claire, et à travers ses nombreuses évolutions, l’EC Saint-Étienne-Loire ne s’est jamais éloigné de cet idéal de formation. Pas même au fil de son ascension vers le sommet de l’élite amateur, notamment lorsque fort d’une seconde place au classement des DN2, le club en franchit le dernier échelon en 2000, et crée une équipe de DN1 qui se hissera très vite parmi les toutes meilleures du pays. L’aventure spécifique de la DN1 durera 24 saisons, avant que les réalités économiques locales et la révision du soutien des collectivités, n’en compromettent la viabilité. Dans l’intervalle, l’ECSEL a largement alimenté le peloton professionnel, d’Andy Flickinger ou Alexandre Vinokourov à Maxime Jarnet ou Rémi Carpon, en passant par Cyrile Dessel ou Sandy Dujardin, ils sont près d’une trentaine.
Si le club recentre aujourd’hui le volet haut niveau de son activité sur la catégorie U19 et sur la labélisation UCI, c’est aussi par souci de cohérence avec l’évolution d’un cyclisme qui recrute de plus en plus tôt. C’est aussi l’occasion, pour le président Philippe Besson de « renouer avec notre vocation première, qui n’a jamais cessé d’être la formation. Nous accueillons les débutants et nous sommes capables d’accompagner jusqu’aux portes du très haut niveau ceux d’entre eux qui en ont le talent et le désir. »

Dans un environnement économique globalement difficile dont la férocité concurrentielle se répercute sur les clubs en mal de partenaires, et dans un contexte local où le football et le basket mobilisent une large part des ressources, l’ECSEL fait le choix d’unir ses forces à celles d’autres associations sportives stéphanoises, parmi lesquelles les clubs de natation, de hand-ball, d’athlétisme, de gymnastique, de BMX. « Jusqu’ici, poursuit Philippe Besson, nous étions dans une sorte de concurrence qui ne disait pas son nom, et allions chacun de notre côté à la pêche aux partenaires. Or, nous l’avons tous compris, les coûts du sport de haut niveau sont tels, qu’il fallait s’unir pour démarcher ensemble des partenaires de grande envergure. »

À l’autre bout du spectre, et non moins important que le haut-niveau, les jeunes catégories sont très représentées parmi les quelques 200 licenciés de l’ECSEL, de même que ces disciplines plus confidentielles pour l’heure, ou plus orientées sur le loisir, que sont le Gravel ou… le cycle-balle.
Les encadrants y sont suffisamment nombreux pour ne pas transiger sur les questions de sécurité. Les sorties d’entrainement s’effectuent par groupe de 10, et il faut compter deux groupes par catégories concernant les U15, les U17 et les U19 : « au total nous mobilisons une vingtaine d’encadrants », résume Philippe Besson. Quatre d’entre eux sont des professionnels.
Mais depuis près de 20 ans, c’est l’organisation du Trophée de France des Jeunes sur Piste qui incarne cette précellence accordée à la jeunesse par l’ECSEL. L’édition 2026, la dix-neuvième, se tiendra les 18 et 19 avril prochains. Sans équivalent, l’épreuve créée par l’ex-pistard Patrick Billet réunit chaque année 20 à 25 clubs et 300 enfants et adolescents issus des catégories U7 à U15 sur une piste de 400m, où leur sont proposées toutes les disciplines de la piste. Autant dire que des vocations sont nées au TFJP.
« On a vu passer beaucoup de futurs très bons, raconte M. Besson, c’est toujours amusant de se le remémorer après-coup. Je pense à Rayan Helal, Mathilde Gros, Paul Seixas, ou Pierre Gautherat. Mais celle dont je garde un souvenir très fort, c’est Clara Copponi : elle avait battu tous les garçons ! »